Conversation sur l’oreiller

Foutre.

Je crois que Sophie me pose cette question sincèrement.

Pourtant elle devrait bien sentir que manifestement, non, je n’ai pas envie d’elle.

Ce n’est pas de la télépathie.

Sa main qu’elle agite nerveusement depuis deux bonnes minutes n’a toujours obtenu aucun résultat.

Sa question est donc un putain de piège. Il faut que j’y aille avec tact pour m’en sortir.

Autrement dit, mentir assez bien pour la rassurer.

Autrement dit, lui dire que JE suis le problème.

– Si, je suis juste très fatigué là.

Oui, d’accord, d’accord, niveau inspiration on a vu mieux.

– Ah, d’accord…

Mais avec un peu de chance, elle va arrêter de me casser les couilles là, maintenant. C’est le moment de vérité. Soit ça passe, soit je risque d’en avoir pour une demi-heure de prise de tête.

Et je vais peut-être devoir lui avouer que, passé la joie d’avoir baisé plusieurs fois avec elle, le fait qu’elle soit quand même vraiment moche m’est revenu aux yeux. Alors pour la besogner avec des yeux de merlans frits, c’est pas gagné. Même avec les yeux fermés j’y arrive plus d’ailleurs. J’ai trop d’imagination.

Alors, certes, je suis moche aussi.

Mais c’est pas une raison..

– … Ça va entre nous ?

Eh merde…

– Oui, bien sûr.

– Tu ne crois pas qu’on devrait parler, faire le point ?

Non, je suis sûr qu’il faut qu’on ne parle pas et surtout, surtout, qu’on ne fasse pas le point. Ne serais-ce que parce que je n’ai toujours pas de plan de secours à mettre en oeuvre si elle me quitte. Même si, grâce à ma relation avec Sophie, je suis moins lourd quand je drague les autres filles.

Comment ?

Allez, je vous explique ma technique.

Désormais je leur fais comprendre, dans le grand rire sonore du mâle dominant, que j’ai déjà quelqu’un.

Et que question baise, j’ai donc déjà ce qu’il faut à la maison.

Et que si je leur parle, c’est vraiment de manière anodine.

Et que si je louche sur leur décolleté c’est vraiment sans arrières-pensées.

Et que si je leur mets une main aux fesses c’est par franche camaraderie.

Bref, je me montre entreprenant tout en essayant d’exciter leur jalousie et leur esprit de compétition. Mais pour le moment sans résultats. Je ne comprends décidément rien à la psychologie féminine…

– Ecoute, j’ai vraiment mal au ventre là, je ne me sens pas très bien, tu ne veux pas qu’on parle quand je me sentirais mieux mon amour ?

– Oh, d’accord, excuse-moi. Bonne nuit mon amour. Je t’aime.

– Moi aussi je t’aime.

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