Pour la salope : un plaidoyer

Quand est-ce que tout cela a commencé ? A mon enfance ? Probablement. C’est en tout cas ce que m’assure mon psy. « Ça doit venir de votre enfance » qu’il m’a dit. Il a même rajouté, « tout vient toujours de l’enfance ». C’est un professionnel. Il doit savoir de quoi il parle. Surtout qu’il a terminé en me disant « croyez-moi sur parole ».

Croire sur parole.

Faut vraiment être un gros con pour faire ça.

Et moi, j’ai beau ne pas être très intelligent, j’ai compris depuis longtemps qu’il ne fallait surtout pas croire ce que les gens disent. J’ai toujours préféré me fier aux actes. C’est plus difficile, plus contraignant de se résoudre à faire quelque chose auquel on ne croit pas ou dont on n’a pas envie. Tandis que balancer comme ça des jolis mots, c’est facile. Il y a même des blablateurs nés. Des gens qui en font leur métier. Des commerciaux qu’ils s’appellent. Eux, on peut les repérer facilement. Ils ont beau avoir de grosses berlines allemandes comme les vrais riches, leurs sièges en cuir sont usés, une oreillette bluetooth traîne toujours dans la boîte à gants et ça pue la clope comme la sueur à l’intérieur.

Je me souviens d’une nana qui m’assurait qu’elle ne me trompait pas et, dès que je pivotais, avant même que je lui tourne le dos, roulait des pelles à une sorte de connard en pull rose. Le genre de blond à mèches avec un prénom à la con. Ces connards de bourgeois de gauche, en appelant tous leurs filles ou filles avec les mêmes prénoms de bobos, se rendent pas compte qu’ils font la même chose que les alcooliques du Nord de la France avec leur Kevin. Le môme, il est fiché tout pareil. Et les Kevin, avant de laver leur voiture et de leur servir un kebab comme leur père avant eux, ils vont leur en faire baver à l’école. Le petit Jules-Enguerrand va sa faire soigneusement tabasser par Kevin et Mohammed. Les prolos, eux, sont moins cons. Ils donnent à leur fils un prénom de prolo. Et ça leur évite bien des emmerdes à l’adolescence. Parce que, de toute façon, c’est pas comme si l’appeler bien comme il faut aller l’amener sur le chemin de la réussite scolaire comme disent les conseillères d’orientation.

Vous voyez les paroles c’est comme les prénoms, ça vaut rien.

Que dalle.

Les filles malignes, plutôt qu’une déclaration d’amour, elles se lavent après t’avoir trompé avec un autre gars.

C’est une question de respect.

La nana qui non seulement couche avec son collègue mais en plus se fout de ta gueule en te jurant sur sa salope de mère l’inverse, c’est juste pas supportable. Je comprends les mecs qui deviennent fous.

Mais ça, bien sûr, ça n’apparaît pas dans les statistiques sur les violences conjugales.

On jette un voile pudique sur les raisons de ces violences dans les statistiques. Et après les mecs passent tous pour de dangereux demeurés alors qu’en fait la plupart des hommes violents sont justes des hommes qui n’aiment pas qu’on se foute de leur gueule.

Mais c’est dans la nature des femmes de mentir.

Elles sont perpétuellement dans la dissimulation, le mensonge le plus éhonté ou celui par omission. Mon collègue m’assure que c’est parce qu’elles sont physiquement plus faibles que les hommes. Qu’elles compensent comme ça. Mais c’est de la connerie. Elles finissent toutes par se faire prendre. Et parfois ça tourne au vinaigre pour leur petite gueule. Depuis le temps, normalement, la sélection naturelle aidant, il n’aurait du rester que les filles sincères. Mais non. C’est pas une question de gènes qu’on me dit. Et moi je réponds que justement, c’est dans leur nature profonde de femme. C’est un truc qu’on peut pas enlever. Et les femmes cesseront de mentir quand il n’y aura plus de femmes.

Une connasse m’a rétorqué un jour que les hommes mentaient également. Tout autant que les femmes a-t-elle ajouté. Je vais pas le nier. Il y en a qui mentent. Mais je connais des mecs qui ne mentent jamais et d’autres qui se font griller par leur experte de femme en quinze secondes quand ils essaient. Alors ils abandonnent.

T’as déjà vu une femme abandonner le mensonge ?

Moi jamais.

C’est dans leur nature je vous dis.

Jérôme, qui est un autre collège à moi, m’a dit que c’était parce qu’elles sont inconstantes. C’est un joli mot. Mais ça fait que déplacer le problème. Je m’en fous de savoir pourquoi elles mentent. Je constate. C’est tout.

Et je m’adapte.

Je ne crois jamais une femme quand elle me dit quelque chose et ce quelque soit le sujet.

Alors je me suis dis que comme je ne pouvais pas croire un instant à ce qu’elles me disent, autant que je comprenne ce que je veux entendre.

Certes, ça m’a amené à faire des erreurs.

Mais, madame le Juge, madame le Procureur, mesdames des jurés, si vous outrepassez votre nature et si vous faites preuve d’honnêteté avec vous-même, vous savez comme moi qu’il y a des non qui veulent dire non, d’autres qui veulent dire oui et d’autres encore qui veulent dire peut-être. Alors nous, comment on fait pour s’y retrouver ? Comment savoir si quand une fille vous dit non, elle ne vous dit pas oui ? Un oui bizarre, un oui de psychologie féminine, un oui qui se déguise par pudeur, excitation ou perversion derrière un non de façade ? Comment savoir alors ? Je vous le demande, comment savoir ce qu’il y a derrière la façade sans rentrer dans l’immeuble ?

On a porté à mon attention le fait que la moiteur intime d’une femme ne voulait rien dire quand on utilise du lubrifiant. Je le conçois. Mais on n’en sort pas. Ce n’est ni un signe pour, ni un signe contre.

On m’a fermement assuré que le fait qu’elle soit restée silencieuse et quasi-inanimée était là, par contre, un signe indubitable d’une absence de consentement. Mais je peux vous jurer que j’ai déjà couché avec des filles qui n’ont pas porté plainte et qui, pourtant, ne se montraient pas plus participatives.

Tout n’est-il pas une question d’interprétation ?

Et avoir une interprétation différente, singulière, propre, de notre courte relation charnelle fait-il de moi un criminel ? Et s’est-on interrogé un instant sur mon consentement à moi ? M’a-t-on posé la moindre question à ce sujet ? Le fait d’avoir initié cette relation peut-il être considéré comme un élément suffisant pour assurer mon consentement ou ne s’agit-il pas d’une grave lacune de l’enquête de police ?

Je ne vous demande pas de me reconnaître innocent. Peut-être suis-je coupable. Mais ne voyez-vous pas que le doute est partout dans cette malheureuse histoire ?

Voilà pourquoi je demande humblement un acquittement à ce bénéfice là.

Je vous remercie.

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