La salope du mois : Claire Underwood

Si “House of cards” a réussi à conquérir une large audience grâce au personnage aussi charismatique qu’impitoyable de Frank Underwood, la femme du personnage, incarnée par Robin Wright connaît son lot de fans. Comment expliquer une telle attirance pour une femme éloignée de la plupart des principes les plus élémentaires de la morale ?

Pascal Bauchard : Déjà, il faut savoir qu’Hollywood nous a habitué à proposer des personnages de “garces manipulatrices”, et cela depuis les années 1930, en particulier dans le genre du “film noir” : elles sont incarnées par des actrices comme Barbara Stanwyck, Jean Harlow, plus tard, Heddy Lamarr, Veronika Lake…

Elles sont souvent à l’origine des déboires des héros masculins, sans doute très virils d’apparence, mais faciles à manipuler par ces séductrices redoutablement intelligentes…On peut y voir une misogynie cachée du cinéma hollywoodien, dont les femmes font les frais depuis fort longtemps, ou la reconnaissance de leurs talents !

Le profil de la “manipulatrice” influente se retrouve dans d’autres séries et films comme Game of Throne, Basic Instinct ou encore Les liaisons dangereuses. Peut-on parler d’une figure qui s’est déjà imposé dans notre inconscient collectif ?On peut en tout cas considérer que cette figure émerge depuis quelque temps : dans les séries comme The West Wing, ou certains films politiques : comme Des hommes d’influence de Barry Levinson, sorti en 1997, les marches du pouvoir de George Clooney (2011), la politique reste une affaire d’hommes…

Les spin doctors sont quasiment tous des personnages masculins. Par contre, dans un film récent et plutôt bien tourné, la guerre de Charlie Wilson (Mike Nichols, 2008), Julia Roberts incarne Joanne Herring, une femme richissime et anticommuniste, prête à tout pour contrer les soviétiques en Afghanistan… On peut penser que cette évolution va se poursuivre, ne serait-ce que pour tenir compte de la réalité du paysage politique américain (de Condeleezza Rice à Hillary Clinton, en passant par Madeleine Albright, Géraldine Ferraro, les femmes à forte personnalité ne manquent pas dans le personnel politique des États-Unis…).

Le succès des ces femmes souvent peu scrupuleuses auprès de l’audimat peut-elle s’expliquer par la force et l’indépendance qu’elles dégagent ?  On peut déjà considérer que leur présence à l’écran témoigne d’une image de la femme plus authentique que d’autres personnages féminins du cinéma américain contemporain : on est loin de la bimbo stupide, ou de la jeune fille naïve, mignonne mais pas très dégourdie…sans même parler de la femme au foyer ! Les femmes vues à l’écran font des études aussi longues que celles de leurs concurrents masculins : on peut ainsi noter que le personnage de la femme brillante avocate s’est aussi imposé dans les séries TV, comme Damages ou The good wife…

Cette évolution des personnages féminins est d’autant plus intéressante quand on relève qu’Hollywood a souvent été prémonitoire dans le domaine politique : ainsi, la série The West Wing imagine l’élection d’un président latino-américain, le film Président par accident, de Chris Rock réalisé en 2006, met en scène un président afro-américain, certes, sur le ton de la comédie… mais quand même ! On attend le premier film hollywoodien qui imaginera une femme présidente, avant que la réalité ne dépasse la fiction.

Alors comment ne pas nommer Claire Underwood salope du mois ? Elle a tout pour elle. Un physique de salope de compétition, tout en longueurs racées et en angles à faire mal ; un mari bientôt Président des Etats-Unis, un amant photographe à la con et un toy-boy garde-du-corps ; et surtout, une complète absence de scrupules ou d’une quelconque once de moralité.

Ca va être dur à battre.

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