Philippe Vilain et la femme infidèle

A Salope Magazine on aime les romans d’adultère ; c’est normal, c’est un peu notre fond de commerce, tant la tromperie féminine constitue un élément central de la condition de la salope contemporaine. Après le brutal Ma Vie Chez Maud d’Ulysse Caan le mois dernier, ce nouvel opus de Philippe Vilain ne laisse, lui non plus, pas indifférent.

Car ce nouveau roman porte un titre trompeur ; plutôt que La Femme infidèle, qui sonne bien son marketing (bravo, l’éditeur) et fait songer à un vieux film de Chabrol (et à une glaciale mais sublime Stéphane Audran), il eût fallu baptiser cet excellent roman “L’Homme trompé”. C’est de cela qu’il s’agit et c’est bien rare en littérature.

Jusqu’à présent, les cocus étaient des personnages ternes, secondaires, lourdauds, sans grande consistance, impuissants ou rageurs, fats ou colériques – que l’on songe à Charles Bovary ou à Alexis Karenine. Et voilà que Philippe Vilain leur offre une rédemption. Pierre Grimaldi, c’est l’anti-Bovary, l’anti-Karenine. C’est à l’intérieur de son cerveau que nous plonge le romancier, nous offrant une vue imprenable sur les tourments de l’amoureux bafoué.

Voici donc Pierre Grimaldi. Comptable, vaguement chef, marié depuis huit ans à Morgan, consultante, aucune aventure extérieure, fidèle, plutôt heureux en couple. Un beau jour, par hasard, il découvre un SMS sur le téléphone portable de sa femme : “Je suis ta salope.” Inutile de préciser que le SMS ne lui est pas adressé.

Comment croyez-vous que notre homme réagit ?

Il ne fait rien. Il entre dans une forme de sidération, de stupeur qui lui interdit toute action. Si certains deviennent fous à force de trop penser, lui c’est l’inverse : il pense sans cesse pour ne pas devenir fou. Vilain, c’est l’anti-Caan. Pas toujours bien, d’ailleurs. Ainsi se persuade-t-il que le silence protégera son couple : “Parler, c’était risquer de le détruire ; se taire, c’était le laisser en sursis.” Décidément, même en amour, il reste comptable ! Un peu lâche, il voudrait sans doute que sa femme finisse par tout lui avouer et, surtout, qu’elle ne le quitte pas. Mais un aveu efface-t-il une trahison ?

Philippe Vilain écrit sur ces petits riens de la vie, ces moments qui traversent l’existence lorsque celle-ci menace d’être pulvérisée.

Il excelle à décrire les états d’âme, ne porte aucun jugement, renverse peu à peu ceux du lecteur qui s’aperçoit que, face à l’infidélité, l’absence de réaction est peut-être une force de caractère plus qu’une faiblesse. Cet homme trompé, qui croit saisir un autre visage de sa femme à travers l’infidélité dont elle s’est rendue coupable, celui d’une salope autoproclamée et fière de l’être, découvrira peu à peu une nouvelle dimension de l’amour.

Pour le meilleur et pour le pire.

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Qu’a-t-il fait au Bon Dieu ?

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