Salope ou cochonne ? Les deux mon Général !

Difficile de me souvenir de la première fois qu’on m’a qualifiée de salope – c’était sûrement à peu près au moment où j’ai commencé à me faire prendre comme une chienne dans des ruelles obscures, c’est à dire à me comporter comme telle. Le fait d’être une salope, ou de me revendiquer salope, ne m’a jamais gênée ; mon problème ce sont les autres, ceux qui pensent qu’être une salope est quelque chose dont il faudrait avec honte. Parce que ces gens ont tort : être une salope est quelque chose de glorieux.

Tout ce débat sur les mérites – ou démérites – de la saloperie n’a qu’un but : juger et faire honte, avec comme postulat sous-jacent l’idée que vous savez ce qui est bon pour les autres. Alors autant vous le dire tout de suite : nous autres salopes n’avons besoin ni de votre approbation ni de vos conseils concernant la manière dont nous menons nos vies. Nous sommes parfaitement capables de prendre nos propres décisions, même désastreuses, et même bourrées. Votre désapprobation, pourtant, ne me gène pas tant que ça ; je dirais même qu’elle m’excite. Je n’ai aucune idée du pourquoi, excatement comme je ne sais pas pourquoi les maris des autres femmes ont meilleur goût ; c’est juste un fait. Et sachez-le, il y a de plus en plus de femmes comme moi aujourd’hui, il suffit de fréquenter les sites comme Tinder ou Grindr sur lesquels TOUT LE MONDE traîne (même vos mamans) pour s’en rendre compte. Aujourd’hui, nous sommes toutes des salopes.

Je préfère parler de “cochonnerie” que de “saloperie”, parce que j’aime que mon français soit précis. Même si je ne peux parler que du point de vue de ma propre expérience sexuelle (dont il faut bien convenir qu’elle est très vaste), lorsque je me retrouve en voiture avec un inconnu, par exemple, que je luis fais un gringue léger et qu’il commence à me reluquer les seins ou les jambes, il n’excite pas mon envie de “saloperie” mais mon envie de “être une cochonne”. J’ai même vérifié : “saloperie” est défini comme “le fait d’agir comme une salope ; immoralité”.

Le mot est également défini comme “le fait d’avoir de multiples relations de courte durée”. Naturellement, “multiples” est assez vague, ce qui est logique dans la mesure où le nombre précis d’hommes avec lesquels il faut coucher pour pouvoir être qualifiée de salope demeure un critère  arbitraire imposé par les autres.

Reste l’importance du facteur temps. Prenons un exemple. Une octogénaire a eu 10 partenaires sexuels dans sa vie. Est-elle une salope ? Doit-on la considérer comme une salope ? Probablement pas. Mais si elle a couché avec ces 10 partenaires au cours de la même semaine, par exemple pendant l’été 1969, et n’a plus jamais eu ensuite de relations sexuelles jusqu’à la fin de sa vie. Est-ce que ça compense ? Et si oui, pourquoi ? Quel est le poids d’un tel hiatus ? En quoi le fait d’espacer ses saloperies confère-t-il une respectabilité nouvelle ?

Tout cela n’a aucun sens, parce que ce n’est qu’une opinion, et de surcroît une opinion assez merdique. La saloperie n’existe pas réellement ; c’est simplement un mot inventé par les gens pour décrire – et juger – certains comportements. C’est un peu comme le portisme. Jamais entendu parler ? C’est normal, je viens de l’inventer. Le terme décrit chez les gens une tendance à ouvrir les portes. J’ai ouvert la porte de ma salle de bain ce matin pour aller pisser, et j’ai également ouvert plusieurs portes pour aller de mon lit à ma salle à manger. Et après avoir fini d’écrire cet article, j’ouvrirai tout plein d’autres portes, tout simplement parce que je suis un bonne portiste bien perverse, friande d’ouverture de portes ; je suis à peu près certaine que c’est votre cas également.

Bizarrement, personne n’accorde d’improtance particulière au nombre de fois que quelqu’un ouvre une porte au cours d’une journée donnée, mais tout le monde en accorde au nombre de fois qu’une petite salope comme moi écarte les cuisses. Et, franchement, je ne vois pas pourquoi. A moins que vous ne soyez le veinard pour lequel j’ouvre des portes, ou écarte mes cuisses, ou ouvre mon coeur, qu’est-ce que ça peut bien vous foutre ? Sans parler du fait que cette opprobre est pratiquement toujours dirigée contre les femmes. C’est un argument aussi vieux que le monde, je sais, mais ça vaut le coup de le rappeler : quand un homme baise à tout-vas c’est un étalon, quand c’est une femme elle est une trainée assoiffée de foutre, une catin en rut, en un mot, une salope.

Est-ce que vous vous souvenez de l’époque où, tout petit, vous appreniez à lire ? Moi oui. J’adore lire. Lire, c’est ce à quoi je passais le plus clair de mon temps avant de découvrir le cul. Comme le cul, pour autant, la lecture est quelque chose sur lequel vous devez “travailler” avant de la “maitriser”. Maîtriser, c’est arriver au stade où vous pouvez lire un livre en adulte sans que ce ne soit un effort, où la lecture devient naturelle. J’ai toujours aimé, lorsque j’étais enfant, m’améliorer en lecture, devenir meilleure. Mais je remarquais aussi que certains de mes condiciples se contentaient fréquemment d’abandonner en cours de route. Ces gens-là ne sont jamais parvenus au stade où lire devient un plaisir, et honnêtement, j’étais triste pour eux. Je suis encore triste aujourd’hui lorsque je rencontre des gens qui m’avouent n’avoir pas lu un livre depuis leurs années de lycée ; j’ai conscience de ce qu’ils ratent, c’est-à-dire un plaisir qui a eu un impact incroyablement bénéfique sur ma propre vie. Et j’éprouve exactement la même chose au sujet du cul.

J’étais invitée à donner une conférence à Oxford il y a quelques mois, dans le cadre d’un débat sur la salope contemporaine : se comporter en salope est-il un vice ou une vertu ? Clairement, j’ai défendu le second point de vue. Je m’étais préparée à brandir tout un tas d’arguments astucieux pour étayer ma position, mais la vérité c’est qu’il n’y en a pas vraiment. Être une salope ou une cochonne n’est ni quelque chose de mal ni quelque chose de bien : c’est simplement être. Certaines femmes ne sont pas des salopes et s’en portent très bien. Certaines salopes ont des vies atroces. C’est la vie.

Il y a de cela quelques années je me suis retrouvée en boîte de nuit, une soirée plutôt transgressive avec une population des plus interlopes. J’ai proposé à un homme de rentrer avec moi. Il a dit oui. Je lui ai demandé si un peu plus de compagnie lui posait problème ; il m’a dit que non, et j’ai invité son pote. Et un autre. Et un quatrième. Nous avons pris un taxi ; j’ai même invité le chauffeur à se joindre à nous (il était un peu flippé et a décliné, mais il a pris mon téléphone est est passé à la casserole quelques jours plus tard). Si deux personne c’est une compagnie et que trois c’est une teuf, alors cinq c’est clairement une orgie.

Qu’est-ce que c’était excitant, de me retrouver à la réception de l’hôtel avec ces 4 bombes sexuelles, bien consciente que le type de l’accueil savait très bien que nous allions dans la même chambre ainsi que ce que nous comptions y faire (en un mot, me défoncer dans tous les sens.) Je me suis demandée si ça l’excitait, et ça m’excitait de l’imaginer s’exciter. De la bonne, pure cochonnerie. L’un des mecs m’explorait le cul à grands coups de queue, un autre me branlait la chatte, un troisième m’enfournait dans la bouche de quoi me faire taire. Un autre me gardait les mains occupées. Ca fonctionnait parce que j’étais le centre de l’attention sexuelle. Je le voulais. J’étais aux commandes. J’étais délicieusement dominée, mais pas honteuse. J’en voulais, une vraie caricature, un rêve de film X, une salope pure et parfaite. J’ai joui au milieu de 8 mains et de 4 queues. C’était fantastique, un fantasme incarné ; comme si ma chatte dévorait un pot de miel.

Et c’est pour ça que le droit d’être une salope et une cochonne m’importe tant. Si c’est ça qui vous épanouit, vous fait bander, mouiller, alors foncez. Vous ne préféreriez pas être sur une plage, là tout de suite, avec des gens magnifiques, en train de jouir ? Jouir est merveilleux. Pourquoi devrions-nous nous abstenir de jouir aussi souvent que possible, avec autant de gens que possible ? Nos vies sont déjà tellement envahies par les taches du quotidien, par sortir les poubelles, se brosser les dents, regarder le micro-ondes tourner, où attendre de pouvoir enfin enlever nos chaussures après une journée passée à avoir eu mal aux pieds.

La vie n’est ni amusante, ni excitante. Elle est ennuyeuse, et laborieuse, et décevante, et cruelle, et vous devez bosser et nourrir vos gosses et surtout ne pas oublier l’anniversaire de tel ou telle – toutes ces conneries. Mais les moments de pur lâcher-prise, cet abandon hédoniste, voilà ce qui fait le sel de la vie, voilà ce qui vaut qu’elle soit vécue. Naturellement, vous pouvez tout à fait trouver cette satisfaction avec une seule personne, celle que vous aimez. Mais ne nous condamnez pas au motif que nous aimons nous frotter la chatte contre le bite du premier venu : comme vous, tout ce que nous voulons, c’est nous sentir vivantes.

La vie est comme une grosse queue : il faut l’attraper à deux mains.

SMSalope ou cochonne ? Les deux mon Général !