Souvenirs d’une partouzarde

J’ai toujours rêvé de partouzes et de débauche. Ce n’est qu’assez tard que j’ai pu réaliser ces fantasmes, après avoir rencontré un homme qui – comme moi – pensait la monogamie impossible. Comme moi, cet homme – qui est par ailleurs devenu le père de mes enfants – croyait fermement que toute répression du désir sexuel pouvait donner le cancer. Pas certaine que ça ait un lien, mais on ne m’a jamais trouvé de tumeur ; c’est déjà ça.

Comme dit plus haut, le désir d’être une libertine s’est manifesté très tôt chez moi – probablement dès ma lecture de Manara et Gilbert Shelton, à un âge où j’étais bien trop jeune pour lire des trucs pareils. Pourtant j’ai eu ma première expérience de ce type assez tard, autour de 30 ans.

C’était pendant une partouze organisée chez moi par un de mes amis – à l’époque je sortais d’une relation de 7 ans. Cet ami m’a alors présenté à un petit cercle de filles se définissant elles-mêmes comme libertines et que j’ai continué à cotoyer dans des soirées depuis lors.

Ce choix de vie m’a permis de découvrir pas mal de choses sur moi-même – d’abord – et sur les gens en général, mais il m’a aussi causé des moments de gêne, de honte et, parfois, de souffrance. J’ai longtemps réfléchi aux conséquences négatives des choix que mon partnenaire et moi avons fait au fil des années, et je vous conseille la même introspection si vous souhaitez un jour vous lancer dans cette grande aventure, par-delà le mur du désir et de la vanité. Voici les principales conclusions que j’ai pu tirer de mes expériences de salope partouzarde :

Les connards

Le première complication apportée par le libertinage – et la plus évidente – est la très forte probabilité de tomber sur des connards. Pour être claire, la plupart des libertins que je connais sont des abrutis sans cervelle. Quelle que soit leur classe sociale, et surtout dans l’échangismes, les gens sont – à des degrés divers – ennuyeux et complétement dépourvus de toute capacité à la conversation. N’imaginez donc surtout pas que la partouze va vous ouvrir les portes d’un monde de plaisirs intellectuels nouveaux ; c’est tout le contraire.

Je me suis pointée à sa porte avec des croissants en m’attendant à le trouver au lit avec l’autre fille. Je me suis dit naïvement qu’ils seraient touchés par l’attention et qu’on prendrait tous les trois le petit déjeuner à poil – en finissant peut-être même en partouze. Après tout, nous étions des libertins français ! Rien ce jour-là ne s’est passé comme prévu.

Débauche organisée

Avant de comprendre que les orgies n’étaient pas forcément ce que je recherchais – à moins qu’elles n’arrivent naturellement, sur un coup de tête, en fin de soirée – j’ai eu à me taper un bon paquet de plan foireux. Imaginez la pire soirée de votre vie avec vos amies, ajoutez une dose de cul, et vous aurez une vague idée de la soirée dans laquelle j’ai fini par atterrir une nuit, en suivant l’un des rares mecs pas trop cons qui trainait dans les mêmes cercles échangistes que moi.

Il m’a trainée dans l’appartement d’un de ses potes, enfin plutôt un type à qui il vendait du MDMA. Nous y sommes arrivés à 4 heures du matin, pour y trouver un groupe d’abrutis complétement défoncés et à moitié à poil. L’atmosphère était sordide. Ils étaient tous assis en cercle, nus et bourrés, et ils ont commencé à me raconter leurs vies mornes et chiantes comme si elles devaient m’intéresser. Apparemment, ils se réunissaient un efois par semaine pour se défoncer et baiser, mais ils le faisaient depuis tellement longtemps qu’ils n’y prenaient plus aucun plaisir. Chacune des filles que j’ai recontré à cette soirée m’a avoué combien ces réunions les déprimaient, que se faire défoncer ne les excitait même plus – “mais il faut bien faire quelque chose” me disaient-elles.

Après ça, j’ai cherché à satisfaire mes envies de débauche hors des cercles échangistes reconnus. C’est nettement plus compliqué – même si pour nous autres salopes c’est plus facile que pour les hommes – mais au bout du compte c’est nettement plus satisfaisant.

Les malades

Bon, ceux-là il faut les identifier tout de suite, parce qu’ils peuvent faire très mal. Une fois je suis tombée sur deux types qui m’ont convaincu de venir partouzer chez l’un d’entre eux. En arrivant j’ai tout de suite senti qu’il y avait quelque chose de louche : les instruments de torture attachés aux murs avaient l’air extrêmement authentiques, pas le genre de trucs qu’on trouve sur les sites mainstream : tenailles de 15 kilos, fers à souder et chalumeaux, et posé négligemment sur la table de chevet, un gode à pointes. Hmmm.. J’ai réussi à m’extraire de ce bordel quand les deux types ont commencé à se mettre des coups de fouet ; ils voulaient que je regarde, parait-il. J’ai surtout eu de la chance.

Autre exemple de malades, différents ceux-là, ceux qui n’assument pas. Ils vont passer la soirée avec vous à affirmer vouloir vous défoncer dans tous les sens dans la boîte la plus classe de la ville, mais juste avant de passer à l’acte ils se dégonflent et partent se coucher à côté de leur femme. Ceux-là font perdre un temps fou, et là encore il est important de savoir les reconnaître de loin.

MSTs

Baiser sans capote est toujours délicat. Si vous êtes célibataire et que vous oubliez de faire des tests réguliers vosu n’avez que votre propre conscience à gérer. Le problème quand on est libertine, partouzarde et en couple est que vous aurez forcément à tenir compte de la conscience de votre moitié : vos deux consciences vont facilement risquer de se percuter de plein fouet.

Que vous vous soyez faite baiser dans la salle de bain par le mari de votre meilleure amie ou par un étranger total, une fois entre les mains de votre partenaire, une MST est une arme de destruction massive, en particulier s’il est revanchard.

Tomber amoureuse

C’est la pire chose qui puisse vous arriver, si vous êtes comme moi une salope qui a de l’empathie et qui n’aime pas spécialement faire du mal aux gens. Tomber amoureuse d’un homme qui n’était pas mon copain m’a détruite. J’ai finalement avoué toute l’histoire à mon mec après avoir passé une nuit sur mon balcon à me demander s’il fallait que je saute ou pas.

Bon, c’était un poil excessif dans la mesure ou j’habite un pavillon de banlieue avec un seul étage, mais malgré tout j’étais sacrément déprimée. Après m’avoir écoutée mon copain s’est mis à rire et m’a simplement dit qu’il n’attendait rien d’autre d’une salope comme moi. Ca m’a réchauffé le coeur.

Quand votre mec s’imagine que vous êtes amoureuse d’un autre

Après cet épisode dramatique, une autre histoire est venue m’exploser au visage. Je tournais un film à l’époque, et j’avais commencé à baiser l’un des acteurs principaux ; c’est assez banal dans le métier, et d’autant plus dans le milieu bobo-décontracté dans lequel j’évoluais à l’époque.

Après une soirée de nouvel an particulièrement déprimante je me suis trouvée à espérer que ce mec arrive pour mettre un peu de gaité (et de foutre) dans cette soirée sordide. Il n’est jamais venu, et j’étais assez déçue ; je lui ai donc envoyé un texto ponctué par un “plein de baisers”, c’est-à-dire par une expression qu’on utilise plus dans un contexte amoureux que partouzard.

Evidemment, c’est la même nuit que mon mari a décidé de jeter un oeil à mon portable – pour la première fois depuis des années – et là pour le coup il s’est vraiment énervé. Il m’a réveillée en pleine nuit, m’a foutue dehors et ordonnée de ne plus faire parler de moi pendant une semaine. J’ai obtempéré, mais à mon sens il était dans l’erreur ; j’avais été amoureuse avant, et là franchement ça n’avait rien à voir. Pourtant, ça n’a fait aucune différence : cette histoire (complétement insignifiante) nous a fait beaucoup de mal.

Quand votre mec baise d’autres salopes dans le lit de sa soeur

Une nuit, mon mec est rentré à la maison avec une jolie salope qu’il avait dragué à une soirée. Ce n’était pas vraiment un problème pour moi, et je me suis dit qu’on se retrouverait le lendemain matin sans que notre vie de couple n’en soit perturbée outre mesure. Il m’a expliqué qu’il comptait la sauter chez sa soeur (qui avait quitté la ville pour quelques jours), et du coup le lendemain je me suis pointée chez sa soeur avec des croissants. J’imaginais naïvement qu’ils seraient à poil au lit et ravis de l’attention, et qu’on se ferait peut-être une bonne baise tous les trois.

Je les ai donc réveillés. Ils était nus – j’avais raison sur ce point – mais mon mari m’a brutalement ordonnée de les laisser tranquilles et de rentrer chez moi. J’ai donc refait le chemin en sens inverse en pensant qu’il était en train d’en sauter une autre dans le lit de sa soeur, et bizarrement, ça m’a fait très mal. Pas sûr qu’on ait surmonté cet épisode, d’ailleurs.

Enfin, j’avais quand même les croissants.

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