Tenir sa femme

Cela faisait un petit moment que je le suspectais.

En levrette, depuis quelques temps, Sophie adore prendre un de mes doigts pour le sucer langoureusement.

J’ai longtemps cru que cette étrange pratique provenait du fait que, ne sentant pas grand chose dans cette position selon ses dires, elle cherchait à s’occuper.

Mais, même si mes mains ne peuvent être considéré comme disgracieuses, quoique un peu boudinées, j’ai toujours suspecté que lécher un de mes doigts n’était pas un aphrodisiaque si puissant en lui-même et qu’il devait y avoir là un fantasme secret. Fantasme qui m’inquiétait.

Jusqu’à ce qu’hier elle avoue tout et confirme mes pires soupçons.

– Ca ne te dirait pas un plan à trois ?

– Pardon ?

Elle, se rapprochant encore plus de moi et reposant sa tête sur mon ventre rebondi,

– Un plan à trois, ça te dirait ?

Mon coeur battait la chamade.

Fort heureusement j’étais certain que mes couches de graisse successives empêchaient Sophie de l’entendre s’emballer.

Car c’était manifestement trop beau pour être vrai.

Méfiant, je lui ai posé immédiatement la question.

– Avec un homme ou une femme ?

– Avec un autre homme.

Foutre.

Evidemment.

C’était bel et bien trop beau.

A quoi est-ce que je m’attendais, triple idiot que je suis ?

– Ah non !

– Ecoute, tu m’avais emmené dans un club échangiste dans le temps. Tu n’es donc pas un jaloux. Tu es ouvert aux expériences. Et puis c’est de ta faute aussi !

– Comment ça ?

– Eh bien à force de pratiquer ton « fantasme secret » à ta demande, j’ai commencé à avoir des fantasmes moi aussi…

Bordel.

Quelle émission à la con a-t-elle encore regardé pour avoir des idées pareilles ?

Brigitte Lahaie sur RMC ?

Enfin. J’aurais du le prévoir.

C’est comme qui dirait le coup de la boite à Pandore.

Bon, ce n’est pas que je suis absolument contre une expérience à trois avec un autre homme. Après tout, il n’y a pas si longtemps, pendant notre séparation d’avec Sophie, j’ai eu une expérience homosexuelle que je raconterai ici. Et qui était allée beaucoup plus loin que ce que j’avais envisagé au départ.

Mais bon, un plan à trois, surtout avec un hétérosexuel, c’est tout autre chose.

La seule chose qui peut me rassurer tient au fait que Sophie est moche et que je le suis autant. Dans ces conditions, il n’y aura peut-être pas foule au portillon. Le temps qu’elle déniche un candidat… Au final, lui dire oui pour lui faire plaisir ne coûtera pas grand chose. Juste une promesse dans le vent.

– Bon, d’accord.

– Ça ne te dérange pas s’il est noir ?

Bordel.

Là ça ne va pas du tout !

Les noirs, je m’en suis bien aperçu dans les films pornographiques que je regarde quotidiennement sur internet, ont tous des grosses bites. Par contraste, je vais avoir l’air encore moins doté par la nature que je ne le suis déjà…

– Heu… Pourquoi ? Tu as quelqu’un en vue ?

– Oui.

Putain, putain, putain.

– Ah oui, mais non, ce n’est pas possible.

– Pourquoi ? Tu ne le connais même pas !

– Parce que c’est une question de colonialisme inversé. J’ai une éthique politique moi. Une responsabilité vis-à-vis des générations futures !

– Quoi ?

– Je te ferais lire Télérama, tu comprendras mieux que je ne serais capable de t’expliquer. Mais ce que j’ai compris, c’est que tu ne pouvais pas coucher avec un noir.

– Ah bon. J’en ai quand même drôlement envie…

– Oui mais ce serait une marque de soumission. Si j’ai bien compris, si tu couchais avec un noir ce serait comme si tu le considérais encore comme un esclave. Ou comme un singe. Je ne sais plus.

– N’importe quoi !

– Non mais c’est un processus inconscient tu vois. Un réflexe raciste. Les filles blanches qui veulent coucher avec un noir sont des racistes. Tout comme celles qui ne le veulent pas d’ailleurs.

– Mais je m’en fous qu’il soit noir !

– Ah non, pas du tout. C’est la première chose sur lui que tu m’as dit. Et tu m’a même demandé si ça ne me gênait pas. Preuve que la couleur est pour toi un problème potentiel.

– Heu, oui, mais…

– Ecoute, ce que je vais faire, c’est prétendre que je n’ai rien entendu et on ne reparlera jamais de cette histoire. Cela vaut mieux pour toi. Je n’aimerais pas que ton ami noir apprenne ce que tu dis de lui.

– Bon… D’accord…

– Je fais ça pour toi tu sais.

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